Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Dialogues de l'oeil - Page 12

  • Les mésanges [Dialogue de l'oeil n°6]

    DSCF7388.JPG- Dis moi une phrase, au hasard...!

    - Les mésanges sont aux anges ce que le songes sont aux songes.

    - Hein? Tu peux pas dire des trucs comme "les chaussettes de l'archiduchesse..." ?

    - Non. J'y crois pas.

    - Parce que ça t'y crois ?

     

                     

    Au début de mes tentatives d'écriture, je suis tombé (c'est bien le mot) sur une phrase: Les mésanges sont aux anges ce que le songes sont aux songes.

    Et j'avais décidé, ben tiens, qu'elle était belle et poétique. Charge à moi, d'emblée, de trouver son sens car à l'époque, c'était clair: elle en avait nécessairement un. Suffisait d'un peu d'imagination à rebours pour le trouver. Il m'est parfois arrivé de fonctionner ainsi, avec succès. Pas là! Aujourd'hui je regarde cette phrase comme le fruit d'un jeu de mots bien hasardeux, qui me rappelle avec quelques sueurs froides les errements de l'écrivain débutant...

    Pourtant il me reste cette intuition tenace: cette phrase a une signification profonde.

    Mon cerveau m'indique que non. Me le répète. En vain. Comme une croyance que je me suis fabriquée autour de cette phrase hasardeuse. Si un ornithologue passe par là il aura peut-être quelque chose à me dire sur la mésange, autrement, je vais rester avec ce petit bout de religion insensée...

  • Le regard du matin [Dialogue de l'oeil n°5]

    Lyon163 (Copier).JPGLe petit noir. Bien dans les yeux.

    Chaque matin,

    Que réveilles-tu de moi ?
    Qu'endors-tu ?

     

    Avant de boire la tasse et de laisser un oeil poudreux, informe au fond.

     

    [Mille excuses. Je reconnais que le dialogue de l'oeil de ce jour est... un monologue. Mais vous pouvez parler avec si ça vous contrarie. ]

  • Que faire d'un auteur vivant ? [Dialogue de l'oeil n°4]

    OctNov2005150 (Copier).JPG

     

     

    On y regarde les dents.

    Les yeux.

    Les pieds et mains.

    La cage thoracique.

     

    - Pas à dire, chef. Il a l'air vivant, celui-là. Il pourrait presque servir! Dommage d'en faire un écrivain... Enfin, c'est lui qui voit....

    - Toute façon il peut pas faire le prétentieux genre auteur mort, y'en a déjà bien assez qui l'sont. Et faut du talent pour être un auteur mort. Y'en a des bons, hein, c'est pas pareil, tout de suite, un auteur bien mort. Avec le moisi.

    - N'empêche, ça doit faire mourir des trucs pareils. La plume qui se retourne, un jour, et hop!

    - Font plus ça avec une plume, mon pauv'! Mais c'est pire, grandiose de pire...

    - C'est toujours pire...

    - Surtout qu'il suffirait qu'on lui fasse bouffer ses livres pour qu'il y reste. Santé fragile, je te dis. Même s'il a l'air costaud...

    - Et il va falloir le lire, patron ?

    - Non. Donnez-y un chwingm il aura l'air moins bête. Pour le reste, un cadavre d'auteur cale moins bien les meubles que les piles de ses livres. Et je dis pas l'odeur. Donnez lui menthol.

     

     

  • Jusqu'où marcher ? [Dialogue de l'oeil n°3]

    DSCF4075 (Copier).JPG- Tu vas où, comme ça ?
    - Là-bas, jusqu'où portent mes yeux...

    Un pas plus loin.

    - Et maintenant ?
    - Ben... pareil !
    - Non pas pareil, allons, tes pieds ont bougé, la portée de ton regard aussi...

    Il se retourne.

    - Ah. Alors ? Tu vas où maintenant ?
    - Là où mon regard ne porte pas. Et cela ne changera plus jamais.

  • La vie [Dialogue de l'oeil n°2]

    IMG_9671.JPG

    - Ah! T'es quand même venu à ma convocation !
    - Bien sûr, Dieu, c'est vous le patron, si tu permets..
    - Non, je permets pas, je permets plus... tiens, voilà, prends ça.

    Il lui tend un petit paquet sanguinolant.

    - Eh! T'es barge, c'est quoi ce truc qui dégouline tout crado qui tâche le nuage virginal qu'on vient d'installer avec Gaby !
    - C'est la vie.
    - Oui, ben c'est toi qui passera la serpière, tu verras si c'est...
    - Non, non, non, et reste poli s'il te plait: ce que je viens de te donner, c'est la vie.
    - Hein?
    - Oui.
    - Mais arrête!!! Déconne pas!!!
    - J'ai décidé.
    - Mais quoi ? J'ai fais quelque chose de mal?
    - Oui, t'écoutes de la musique merdique, c'est impardonnable, les fautes de goût. J'ai toléré, toléré... mais j'en peux plus. Tu te barres. Va vivre ailleurs!
    - Bon sang, non!!!!!! Qu'est ce que tu veux que je foute de ça!!! Aaaaaaaaah... c'est immonde, regarde, purée!!! Là, ça palpite!!! Non... Je préfère les travaux forcés, une double-crucifixion....

    - Ma décision est prise. Point. Sale ou pas. Tu files.
    - Et que veux tu que j'y foute, là-bas, avec ça dans la main ?? Hein?
    - Et bien, ça, comme tu dis, tu te le carres-là, sous une côte, n'importe où, où ça te dérangera pas, je m'en contrefous. Et là-bas, tiens, t'as qu'à précher la tolérance, ça te fera les pieds. Tu vas aimer leur musique, je peux te dire!!!!

    Et Dieu s'en va, pété de rire.

     

    Note: illustration réalisée sans trucage. Je vais peut-être déménager.

  • Racontez-moi ! [Dialogue de l'oeil n°1]

    DSCF7401 [640x480].JPGLe lac est bleu et ça ouvre les horizons. Les mots se posent. J'ouvre mon sac, en sors plusieurs livres... vraisembablement je n'aurais pas le temps de lire plus de quelques pages.

    Un homme arrive. Il me dévisage, mate la pile de livres.

    - J'en ai jamais vu autant de ma vie!

    - C'est pour avoir le choix, c'est tout.

    Il tique, je le vois.

    - Je suis désolé... ça vous dérange ?

    - Non... mais vous voyez, c'est juste que je n'arrive pas à me dire que l'on trouve de la vie là-dedans... Moi, je vis, ça me suffit. D'ailleurs ma vie pourrait être un roman.

    - Très bien ! Racontez-moi ! Je lirai ceux-là un autre jour !

    Il esquisse un sourire et garde le silence. Je me reprends:

    - Excusez-moi. A force de lire des romans, je finis par croire que tout est partageable...