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20.06.2011

[DEBAT] Je me suis coupé un doigt en préparant des petits oignons blancs, dois-je écrire un post sur mon blog, ou mieux, sur facebook ?

Le cultivateur m'avait garanti qu'ils étaient « coupés du jour ».
Très fermes, de taille à me tenir dans le poing. Couteau effilé indispensable. J'ai pris un tel couteau. Ai commencé à trancher des fines lamelles. Un oignon. Pas de larmes. Deux oignons, pas de larmes non plus, mais aie ! Annulaire attaqué avec énergie, très proprement, la pulpe du bout du doigt, une entaille large d'un bon demi centimètre. Du sang dans les oignons blancs. Hitchcock en cuisine, que personne ne sorte, j'étais tout seul et n'avait aucune chance de sortir car déjà ma tête tournait ; je saignais abondamment (à l'échelle des oignons en tout cas, car le lapin qui était déjà dans la casserole depuis un moment aurait sans doute trouvé le moyen de nuancer cette constatation dramatique).

Comme je présumais un certain mépris du SAMU et des pompiers pour la cause dudit mien doigt, j'ai su de suite qu'il ne me restait qu'un appel à la compassion blogospherienne* ou facebookienne**, avec une accroche sur twitter pour rabattre des colonnes de lecteurs avides sur la mélodie acide de ma complainte :

oignons blancs, gros couteau, tchak, tchak, tchak, ouille du sang partout, tâché, le lapin pourra pas dire qu'il est la seule victime

Flaubert serait charmé, mais surtout les impressionnistes hurleraient à la véritable résurrection de leur grand art. Centre trente-quatre caractères de pleine efficacité littéraire : notez enfin l'effet de style avec une unique phrase constituée, sur la conclusion de l'affaire rondement menée, avec ce qu'il fallait de goût de scandale pour attirer les moins impétueux.

J'ai longtemps caché au monde les développements de mon quotidien, enseignement de Brassens oblige. Pourtant ils m'arrivent très souvent (je parle de "les développements"). Et désormais il me parait indispensable de les – n'ayons pas peur des mots - promulguer.

Je ne peux plus me priver de l'amitié des cuistots maladroits solidaires du dimanche pour les plus convenus, mais aussi féroces émousseurs de couteaux, collectionneurs de reliques de saints improbables (je suis bien placé pour le savoir), empailleurs de tout doigt, adeptes de cris de douleur stéréophoniques, hurluberlus aux minauderies diversement compassionnelles à mon égard ou inversement prêts à me déverser dessus des tombereaux d'insultes au titre de la vengeance du lapin à la moutarde ; tous les débats sont bons à prendre pour construire une notoriété, alors voici : je prends.

Je précise à ces doux impétrants que à la moutarde n'est pas une race, et que donc il n'y a pas de motif valable à vouloir la préserver plutôt que d'en manger les ressortissants avec des petits oignons frais.

Nous pourrons également débattre longuement de mes chances de me rétablir en bonne forme au sortir de cette blessure à laquelle Homère, même lui, n'avait pas pensé (c'est la chute des classiques que voulez-vous, mais avec le climat, voyez...), de mes envies incompréhensibles d'essayer sur les autres doigts pour le plaisir, de la théorisation de la télépathie guerrière cunico-légumière***, bref, ce coup-ci je veux au moins 3000 commentaires et un doublement des ventes de l'œil ou je me fais moine. Et si je les obtiens pas je dirai que je me suis trompé dans les zéros ou dans les étoiles, c'est la douleur vous comprenez, je vais peut-être y laisser un doigt.

Et... ce n'est pas tout. Je viens de vous parler de l'amitié de nouveaux amis plus ou moins fréquentables dont je suis en quête. Mais il est temps, facebook attitude oblige, de m'enquérir des perspectives ouvertes par un tel billet auprès de mes amis patentés. Car je vous rappelle que facebook permet, gloire à lui, d'être ami pour de vrai avec nos déjà-amis. Et facebook ne manque pas de nous le rappeler à chaque nouveau lien avec une personne. Avant facebook, nos amis n'étaient que de faux-amis, en fin de compte, rien de plus. Des mots, quoi, du vent. Boire une bière avec eux ou manger un lapin à la moutarde avec eux par exemple: un leurre.

Grand moment à venir, je vais pouvoir mesurer l'intensité compassionnelle que mes amis déploient à mon égard par réseau social interposé face à ce qu'il y a tout lieu désormais d'appeler : l'événement. Je pressens que je vais pouvoir faire du tri. Merci l'oignon, merci le couteau, merci le lapin, il n'y a plus de coupable(s) de coupure mais seulement des amis sur un banc d'essai. Ah! Le grand moment!



* Tiens, le dictionnaire automatique de mon logiciel de traitement de texte ne connait pas ce mot, il propose sphinctérienne
** Il connait pas non plus mais ne propose rien de bon
*** Croyez bien que j'ai cherché un adjectif pour se rapportant à l'oignon mais j'ai bien peur de ne pas avoir trouvé de quoi se rapporter à l'oignon adéquat

12.06.2011

la dame [Dialogue de l'oeil n°34]

- Est où la dame ?
- Dans l'ordinateur. Dans le disque. Dans tes oreilles, dans ton petit coeur.
- Chanson pour Jeanne ?
- Chanson pour Jeanne.

 

La celestina...


09.06.2011

Ma nouvelle "Mon beau miroir" est publiée dans le numéro de printemps de la revue en ligne Textimage

revue textimage,publication de nouvelle,mon beau miroirMon beau miroir est le fruit d'une lente émergence. Je l'ai écrite une première fois il y a quatre ou cinq ans après la lecture d'une étude sur Talleyrand. Elle explore le rapport du politique à l'image et aux éléments de discours qui y sont liés. Cette nouvelle est au coeur d'un recueil de textes que je suis en train de terminer.

Textimage est une revue de recherche créée par des gens charmants (merci Aurélie, merci Olivier, merci Pierre-Olivier!!) pour explorer le rapport texte / image, des enluminures à internet; un sacré sujet.

Mon beau miroir est ici publiée sous une forme "diapositives". Il y a une centaine de diapos, aussi je vous conseille un verre de vin en accompagnement (si vous voulez je viens d'ouvrir un très bon Régnié 2007, à boire, et il y a de quoi remplir plusieurs verres encore), ou une infusion de sauge (le bol est à côté de moi, vide par contre), ou un maté (il en reste un fond dans la gourde que j'ai au boulot). Ou quelque chose comme ça.

Bref, cette nouvelle a trouvé sa place dans le cahier d'artistes du numéro de printemps. J'avoue que je ne l'ai pas encore lu, il est tout neuf et je n'ai pas ouvert assez de bouteilles. D'autant que Mbm côtoie des choses plutôt musclées, sans compter - carrément - une nouvelle inédite de Didier Daeninckx (dont il 'faut' lire le dérangeant La mort n'oublie personne).

Pour lire la revue, c'est par là que ça se passe

Mon beau miroir [NOUVELLE, EXTRAIT]

Un homme politique, au réveil. Son lever, sa mise en condition pour la journée à venir, l'amorce de ses choix, l'écho de ses tracas éternels.

Cette nouvelle est publiée en accès libre dans le cahier d'artistes du n°4 de la revue Textimage, sur le thème de l'image dans le récit, aux côtés d'une nouvelle inédite de Didier Daeninckx !

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[Extrait, le début]

Six heures. Le réveil claironne une Traviata parfaite.

À l'instant du réveil il ressemble à tous les hommes. Sauf qu'il a une méthode. Il focalise son esprit sur quelque chose ; et il la dépouille, intellectuellement, jusqu’à l’os ; il en bouffe la chair, la moelle, les nerfs... Frénétiquement. Comme... un sacrifice.

Tout y passe : le Premier ministre, les projets de réforme, les repas au restaurant, les serveurs, mai 68, la crise, n'importe laquelle. Ajuster le prisme de l’esprit.

Choix du jour : les rois fainéants. Pourquoi pas ? Choix curieux, risque d'anesthésie pour la journée. Il essaye de se mettre dans leur peau mais... Dieu que c'est difficile ! Il est élu de la République, regorge d'une énergie presque surhumaine, toujours aux avant-postes, aux commandes, aux micros, aux enterrements, aux raouts, aux dîners mondains, aux interviews, aux fronts de l’époque… non... à côté de leur peau molle et adipeuse, pleine de veines vertes, sale... quelle idée grotesque! Il insiste cependant ; glisse ses pieds sous la couette, baille, détend ses membres, tâte le moelleux du matelas comme un petit chat de mémère, cligne d’un œil, guette la teinte de lumière qui traverse les rideaux de velours…